KFx Cunni : pourquoi régler la tension du guindant sur un emmagasineur STRUCTUREL ?
Sur un IMOCA, un Class40 ou un Ocean 50, l’emmagasineur ne sert pas seulement à enrouler une voile. Avec le KFx Cunni, il devient aussi un outil de réglage de sa forme — grâce à un point d’amure réglable sous charge.
Pour comprendre l’intérêt de ce système, il faut d’abord regarder comment sont installées certaines voiles d’avant sur les bateaux de course au large. Sur les IMOCA notamment, l’étai concerné est structurel : il participe à la tenue du mât. Depuis plus de vingt ans, ce type d’étai peut être réalisé en textile haute performance et équipé d’un emmagasineur qui fait tourner l’ensemble étai + voile pour enrouler la voile.
Dans l’architecture classique, la voile est transfilée — c’est-à-dire reliée par plusieurs tours de cordage haute résistance — directement sur la cosse de l’émerillon en haut et sur la cosse de la tourelle en bas. C’est léger, simple et efficace. Mais une fois la voile installée, la distance entre ses deux extrémités est pratiquement imposée : il reste peu de marge pour régler indépendamment la tension de son guindant.
La question toute simple derrière le KFx Cunni
- Comment conserver un étai structurel et un emmagasineur fiables…
- …tout en redonnant au navigateur la possibilité de tendre plus ou moins le guindant de la voile ?
1- Pourquoi la tension du guindant compte-t-elle ?
Le guindant, c’est le bord avant de la voile, entre le point d’amure en bas et la tête de voile en haut. Une voile n’est pas une simple toile plate : c’est un profil aérodynamique en trois dimensions.
La tension appliquée au guindant participe à la répartition du creux de la voile et à la forme de son entrée. En général, davantage de tension aide à ramener le creux vers l’avant et à mieux tenir le profil lorsque le vent augmente. À l’inverse, moins de tension peut conserver davantage de volume et de souplesse dans le petit temps.
La mer compte aussi. Dans une mer plate, on peut rechercher un profil plus fin et précis. Dans une mer formée, un réglage un peu plus tolérant peut aider la voile à rester efficace quand le bateau accélère, ralentit et change sans cesse légèrement d’angle.
Pour un novice
Quelques millimètres de déplacement du point d’amure ne servent pas à “monter la voile” : ils servent à modifier sa tension sur toute sa hauteur.
2 – Le principe : séparer la tension de l’étai de celle de la voile
C’est le cœur de l’idée. L’étai doit conserver sa fonction structurelle et sa tension propre. Mais la voile, elle, gagne un réglage supplémentaire. Le KFx Cunni permet donc d’agir sur le point d’amure de la voile sans avoir à modifier le rôle structurel de l’étai.
Le nom « Cunni » fait naturellement penser au Cunningham : sur une grand-voile, ce réglage sert lui aussi à agir sur la tension du guindant. Ici, la logique est transposée à une voile d’avant emmagasinée sur un étai structurel.
En une phrase
L’étai continue à tenir le mât, l’emmagasineur continue à enrouler la voile, mais le point d’amure de la voile devient réglable.
3 – Pourquoi ce réglage est-il particulièrement utile en course au large ?
Parce qu’un IMOCA ou un Ocean Fifty rencontre en quelques heures des plages de vent, d’allure et d’état de mer très différentes. La performance vient moins d’un réglage « parfait » que de la capacité à adapter rapidement le bateau aux conditions du moment.
Dans cette logique, rendre la tension du guindant indépendante est une variable de plus à la disposition du marin : au même titre que la tension d’étai, le point d’écoute ou le twist de la voile. Plusieurs équipementiers ont d’ailleurs développé des solutions poursuivant le même objectif : c’est le signe d’un besoin technique réel de la course moderne.
4 – Comment fonctionne le KFx Cunni ?
Le principe mécanique est relativement simple à comprendre : le tambour de l’emmagasineur peut coulisser axialement sur la partie tournante. L’ensemble continue à tourner pour enrouler la voile, mais il peut aussi se déplacer verticalement pour régler le point d’amure.
- En haut du tambour, une bague reçoit le transfilage qui relie la tourelle au point d’amure de la voile.
- Sous le tambour, une seconde interface reçoit un autre transfilage relié à un vérin hydraulique.
- Lorsque le vérin est mis sous pression, il déplace axialement le tambour et donc le point d’amure de la voile.
- Le réglage peut être effectué sous charge : la tension du guindant évolue pendant que l’étai conserve sa fonction structurelle.
Données validées
- Vérin hydraulique
- Réglage sous charge
- Course : 70 mm
- Point d’amure réglable indépendamment de la fonction structurelle de l’étai
Bateaux équipés
- IMOCA DMG Mori
- IMOCA Groupe Dubreuil
- Ocean Fifty Edenred
Modèles Karver actuellement disponibles :
- KFX4.5 Cuni
- KFX12.0 Cuni
- KFX16.0 Cuni
- Modèles plus petits ou plus gros disponibles à la demande
5 – Ce que la course apprend à la croisière
Un plaisancier n’a pas besoin de reproduire tous les réglages d’un IMOCA. Mais la logique est universelle : une voile n’a pas une forme idéale pour toutes les conditions. Le vent, la mer et l’allure changent ; pouvoir agir plus finement sur le profil aide à adapter le bateau.
Le KFx Cunni illustre ainsi une évolution de l’accastillage moderne : ne plus seulement porter ou manœuvrer une voile, mais permettre aussi d’en contrôler plus finement la forme. C’est un exemple concret de ce que la course au large peut transmettre à la plaisance : séparer les fonctions, préciser les réglages et donner davantage de contrôle au marin.
Auteur : Marin Clausin (septembre 2026)
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