Quatre années de développement
Le premier prototype a été installé sur mon propre voilier. Pendant deux ans, il a navigué dans des conditions très variées.
Puis toute ma famille a involontairement participé au programme de tests.
Notre voilier Grande Vadrouille a parcouru plus de 10 000 milles nautiques avec plusieurs prototypes à bord.
Mon frère Quentin a ensuite équipé son Dufour 35 avant de partir pour une transpacifique et deux années en Polynésie.
Enfin, le baptême du feu est arrivé lorsque Philippe Poupon a décidé d’installer notre enrouleur KRS sur le trimaran historique de Florence Arthaud pour la Route du Rhum. Les contraintes mécaniques étaient extrêmes et ce test nous a permis de valider définitivement notre conception.
Au total, le développement aura nécessité près de quatre années d’études, de simulations numériques, de prototypes et d’essais en navigation réelle.
Depuis, les KRS ont traversé l’Atlantique, le Pacifique et naviguent aujourd’hui dans les conditions les plus variées, de la croisière familiale aux programmes hauturiers exigeants.
Les choix techniques qui font la différence
Un profil elliptique étudié pour l’aérodynamisme
Le profil d’un enrouleur est souvent regardé uniquement comme un élément structurel permettant de relier la tourelle à l’émerillon. Il se trouve pourtant directement dans l’écoulement de l’air, sur toute la hauteur de l’étai, juste devant le bord d’attaque de la voile. Sa forme a donc une influence sur l’aérodynamisme de l’ensemble.
Nous avons comparé plusieurs géométries avant de retenir une section elliptique, plus favorable à l’écoulement de l’air qu’un profil circulaire tout en conservant une excellente résistance mécanique dans toutes les directions.
Le choix de cette forme a demandé de trouver un compromis précis. Plus on affine le profil pour favoriser l’aérodynamisme, plus on risque de perdre en rigidité dans certaines directions.
Nous avons donc réalisé de nombreuses simulations numériques, notamment en torsion, afin d’obtenir le meilleur compromis entre finesse aérodynamique et rigidité.
Les gaines sont finalement réalisées en aluminium 6061, avec une double gorge permettant notamment les changements de voile.
Des jonctions conçues comme de véritables éléments structurels
Un profil ne vaut que par la qualité de ses jonctions.
Les éclisses du KRS sont particulièrement longues et épaisses afin de transmettre correctement les efforts entre les différentes gaines. Les vis compriment les éclisses contre les profils et permettent de maintenir l’assemblage sans apparition progressive de jeu.
Des lamages spécifiques reprennent les efforts axiaux et empêchent les différents éléments de se déplacer les uns par rapport aux autres.
Ce travail sur les éclisses améliore la rigidité générale du profil, mais aussi son comportement dans la durée. C’est un point peu visible une fois l’enrouleur installé, mais essentiel pour conserver un fonctionnement régulier après plusieurs années de navigation.
Des mécanismes capables de travailler réellement sous charge
Un enrouleur peut tourner facilement lorsqu’il est neuf et essayé à vide. La véritable difficulté consiste à préserver cette fluidité lorsque le gréement est tendu, que la drisse est chargée et que la voile tire fortement vers l’arrière.
Les mécanismes du KRS utilisent des roulements haute résistance en acier 100C6. Ils fonctionnent dans un bain de graisse et sont protégés par des joints développés sur mesure, associant inox et caoutchouc résistants à l’environnement marin.
Les roulements sont doublés aussi bien dans les émerillons que dans les tourelles.
Cette architecture permet de mieux répartir les charges créées par la tension de drisse et par l’arrachement de la voile vers l’arrière.
Nous avons également choisi des matériaux haut de gamme et largement dimensionné les principaux composants. L’objectif n’était pas seulement d’obtenir un fonctionnement agréable lors des premières utilisations, mais de conserver une mécanique fiable sous charge et dans le temps.
Le plus grand tambour possible, mais pas davantage
Le diamètre du tambour influence directement l’effort nécessaire sur la bosse d’enroulement : plus le rayon est important, plus le couple disponible augmente.
Nous avons donc cherché à utiliser le diamètre maximal compatible avec une installation réaliste. Il aurait été facile d’augmenter encore la taille du tambour pour annoncer un effort inférieur, mais cela aurait créé des difficultés d’intégration avec les balcons avant, les ancres ou certains plans de pont.
Le dimensionnement final résulte donc d’un compromis très concret entre le couple d’enroulement, la capacité de la bosse, la compacité et les contraintes d’installation rencontrées sur les bateaux.
Plusieurs dizaines de centimètres gagnés
La compacité est l’une des caractéristiques les plus visibles du KRS.
La tourelle et l’émerillon ont été conçus pour occuper le moins de hauteur possible. Selon la taille du bateau et le produit auquel on le compare, le gain peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres.
Ces centimètres gagnés ne sont pas seulement esthétiques. Ils permettent d’augmenter la longueur de guindant disponible et donc potentiellement la surface de voile, tout en rapprochant le point d’amure du pont.
L’enrouleur est également équipé d’un tambour démontable. Le passage à une configuration adaptée à la régate demande environ trente minutes.
Une seule version, toutes options
Nous avons fait le choix de ne pas multiplier les versions et les options.
Le même niveau de qualité mécanique, de finition et d’équipement est proposé aux plaisanciers comme aux régatiers. Les matériaux haut de gamme, les roulements doublés, l’anodisation dure, le tambour démontable, le guide de ralingue inox et les différentes possibilités de fixation ne sont pas réservés à une version supérieure.
Le principe est simple : les éléments qui améliorent la fiabilité, la performance ou la facilité d’utilisation doivent être intégrés dès l’origine.
Réduire l’effort d’enroulement
Nous avons cherché à rendre la manœuvre la plus fluide possible.
Pour cela, nous avons développé des tambours de grand diamètre qui augmentent naturellement le couple disponible. Associés à des roulements haute résistance doublés dans la tourelle et l’émerillon, ils permettent un enroulement particulièrement doux, même sous forte charge.
Durabilité : concevoir pour vingt ans
Notre objectif est qu’un enrouleur KRS puisse accompagner un bateau pendant vingt ans.
Nous devons néanmoins rester prudents sur cette affirmation : la gamme est encore trop récente pour revendiquer aujourd’hui une durée de vie démontrée de vingt ans.
C’est une ambition de conception, soutenue par le dimensionnement des pièces, la protection des roulements, les essais réalisés et la possibilité de remplacer certains composants.
L’entretien courant reste très limité. Nous recommandons principalement un rinçage à l’eau douce, notamment avant l’hivernage.
Certains éléments d’habillage, comme le placage carbone, peuvent également être remplacés sans remettre en cause l’ensemble du mécanisme.
L’écoconception par le bon sens
L’impact environnemental est un sujet important pour de nombreux navigateurs, et il l’est aussi pour moi.
Nous avons choisi d’aborder cette question de manière pragmatique. Chez Karver, nous ne considérons pas l’écoconception comme un simple argument marketing ou comme l’ajout de matériaux « verts » à un produit existant. Nous pensons qu’elle commence dès les premières décisions de conception.
Lorsque l’on cherche à concevoir un produit plus compact, plus léger et plus fiable, on agit directement sur plusieurs leviers majeurs de l’écoconception.
La compacité permet de réduire la quantité de matière utilisée. La légèreté limite la consommation de ressources nécessaires à la fabrication et au transport. La durabilité réduit la fréquence des remplacements et donc la quantité de produits fabriqués au cours de la vie d’un bateau.
Nous avons également veillé à rendre remplaçables certains éléments d’usure ou d’habillage afin d’éviter de devoir remplacer l’ensemble du système lorsqu’une seule pièce arrive en fin de vie.
Un équipement nautique a vocation à rester longtemps à bord. Prolonger sa durée de vie est sans doute l’une des démarches les plus efficaces que nous puissions mettre en œuvre pour réduire son impact environnemental.
Au final, la recherche de fiabilité, de compacité et de longévité qui a guidé le développement du KRS rejoint naturellement les principes fondamentaux de l’écoconception. Nous n’avons pas développé un produit durable parce qu’il fallait être plus écologique ; nous avons cherché à développer un meilleur produit. Et les deux vont souvent de pair.